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Et si l'Afrique était un autre monde

La nuit nous appartient

27 août 2007

Et si on l'essayait en Côte d'Ivoire !

Le Libéria interdit à ses étudiantes de porter des extensions de cheveux et des tenues provocantes

Désireux de revenir à la normalité après des années de guerre, le Liberia prend des mesures inattendues, comme par exemple celle, annoncée vendredi, qui concerne... les coiffures des jeunes filles. Les autorités éducatives ont en effet décrété l'interdiction pour les étudiantes de porter des tresses ou des extensions de cheveux dans tout le pays.

"Les choses ont vite fait d'échapper à tout contrôle et nous devons réagir maintenant", a déclaré le ministre de l'Education Joseph Korto. "Les filles qui portent des tresses et des accessoires de coiffure font plus attention à leur apparence qu'à leurs études."

"Elles sortent souvent de classe pour aller s'admirer dans les toilettes et ratent le cours. Cela ne les aide pas à progresser d'un point de vue scolaire", a-t-il ajouté.

Si cette interdiction portant sur les coiffures élaborées peut sembler excessive, elle s'inscrit dans un plus vaste effort nourri par une crainte: celle que le Liberia, tout juste sorti de plus d'une décennie de combats sanglants, ne retombe dans le conflit si le gouvernement ne parvient pas à rétablir une véritable autorité.

Le ministère de l'Education a également interdit aux étudiants de porter des tenues jugées provocantes ou indécentes, telles que les pantalons ou jupes taille-basse qui laissent entrevoir les sous-vêtements.

Tout contrevenant s'expose à une amende de 1.000 dollars (735 euros).

Korto a expliqué que ces règles étaient le moyen qu'avait trouvé le gouvernement pour "inculquer à la jeunesse une discipline morale". Les viols sont si répandus au Liberia que des panneaux d'affichage ont été érigés dans la capitale pour expliquer en quoi ces actes sont répréhensibles. Pour beaucoup d'analystes, les anciens enfants soldats, devenus désormais des adultes au chômage, sont l'une des principales menaces pour la paix.

"Après 14 ans de guerre, le Libéria doit revenir à la normalité", a insisté Korto. "L'un des moyens d'y parvenir, c'est d'inculquer la discipline aux étudiants en s'assurant qu'ils étudient, certes, mais également en faisant en sorte qu'ils aient une mise convenable."

Mais certains étudiants pensent que le gouvernement ne mène pas le bon combat.

"Ce qu'ils ne nous disent pas, c'est si les élèves qui s'habillent correctement se comportent mieux à l'école", s'agace ainsi Comfort Morris, un jeune de 26 ans scolarisé en seconde. Il est courant que les élèves du Libéria aient plusieurs années de retard dans leur scolarité à cause des fréquentes interruptions de cours pendant la guerre.

"Le ministère de l'Education devrait en faire plus pour améliorer la qualité des cours plutôt que de se contenter de faire des lois", juge Morris. "Ce dont nous avons besoin, c'est de professeurs mieux formés." Un plan national destiné à garantir une éducation primaire gratuite a été ralenti par le manque d'enseignants.

Le Libéria, qui compte trois millions d'habitants, a été décimé par la guerre et les troubles entre 1989 et 2003, date à laquelle le président Charles Taylor a dû s'exiler. Il doit désormais répondre de crimes de guerre devant un tribunal soutenu par les Nations Unies. Un gouvernement de transition a dirigé le pays jusqu'à l'élection, en 2006, d'Ellen Johnson Sirleaf à la présidence.

(Source: Yahoo.news)

Posté par Yoroba à 09:50 - Les "Karo" de Yoro - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 juillet 2007

L’envers du «Palais»

hotel_ivoireIl est plus de 17 heures ce dimanche 15 juillet. De la salle du «Palais des congrès» de l’hôtel ivoire d’Abidjan, de belles mélodies sont entendues. Une foule immense chante en chœur aux rythmes des chansons divines distillées par les différents artistes chrétiens sur la scène. Cette occasion à laquelle nous avons activement participé, nous a donné la possibilité de nous rendre compte de la beauté extérieure du «Palais des congrès».

La salle est fortement – et joliment d’ailleurs – éclairée. Donnant l’aspect d’un palais royal. La moquette d’un rouge vif rappelle l’autorité de cet imposant local qui durant des années a servi un nombre impressionnant de cérémonie et de spectacle. Les sièges sont tout aussi moelleux et confortables qu’un matelas de plumes.

Dans la salle, une ambiance de fête règne. Cris de joie et clameurs sont perceptibles. Les spectateurs joyeux, ignore tout ce qui se cache derrière les rideaux et dans le ‘‘ventre’’ du «Palais des congrès». Ils ne peuvent l’imaginer. Le décor qui s’offre à eux est bien trop paradisiaque être soupçonné de la moindre crasse.

Et pourtant derrière la scène, le décor est tout autre. Seuls les artistes et le ‘‘Mc’’ peuvent se rendre compte que le «Palais des congrès» de l’hôtel ivoire d’Abidjan ne révèle à ses visiteurs de ce soir là, qu’une beauté de face.

L’arrière est répugnant. Planches rongées par l’humidité, rideaux malpropres et enrhumants, loges sans serrures transformées en dépotoir d’objets inutilisés; climatisations chauffantes, murs crasseux, couloirs mal éclairés … c’est le paysage, ô combien décevant, que l’on peut gracieusement observer dans l’arrière plan de la scène au détour d’une visite de curieux. Dans un coin assez obscur, jonchent des ordures. C’est une ‘‘mini-poubelle’’. Rats, cafards et autres bestioles d’égouts se partagent les lieux.

Plus d’un, ce soir là, ont marqué leurs indignations. Le «Palais des congrès» bien qu’affichant une mine gaie, n’a plus rien de beau à l’intérieur. Un palais de regret. Un château abandonné aux ordures, à la rouille et aux voleurs.

Sans être un génie, l’on s’aperçoit que l’entretien manque cruellement. «Je ne peux rien vous dire concernant l’état de délabrement de cet édifice», lance Matthieu O., chargé de l’entretien. Il  craint qu’une quelconque déclaration lui coûte sa place. Que se passe-t-il réellement ? «Je crois que c’est du gâchis. Au temps du président Houphouët, le palais des congrès n’avait pas cet aspect. Hélas, mille fois hélas !», regrette Eugène Amoussou, la cinquantaine, nostalgique de l’ancienne époque. Il poursuit : «c’est un problème de gestion. Avec tout ce que rapporte cette salle, je suis désagréablement surpris que les responsables ne trouvent pas le moyen d’entretenir ce local».

Un responsable de l’entretien approché, requiert pour sa part l’anonymat avant de parler : «Avant par exemple, c’était une climatisation générale. Elle a connu quelques petits problèmes mais et au lieu de chercher à la réparer, de nouveaux ‘‘splits’’ ont été achetés pour alimenter toute la salle. Mais comme vous l’avez constaté, lorsqu’il y a du monde et que l’ambiance est surchauffée, les climatiseurs semblent ne pas agir», explique-t-il. Mais à qui revient la responsabilité de la gestion de ce patrimoine ? «A ce niveau vous me permettrez de ne pas vous répondre», supplie-t-il. «Il faut également sensibiliser ceux qui occupent la salle pour des cérémonies, ils ne prennent pas soins du matériel et des lieux. Ce qui constitue un véritable problème à notre niveau», accuse le quidam.

En tout état de cause, cette situation est déplorable.

Qui accuser ?

A qui revient la charge de la gestion du «Palais des congrès»? Un lieu qui a vu défiler de hautes autorités nationales comme internationales. Depuis les directeurs d’entreprises jusqu’aux Chefs d’Etats en passant par les présidents d’Institutions ou d’organismes internationaux. Et ce depuis plusieurs décennies.

Quelle est la véritable cause de cet état de délabrement avancé qui gagne désormais l’enceinte du «Palais» – qui avaient jusque-là résisté au manque d’entretien et au comportement indigne des locataires – ?

Il faut faire quelque chose. Mais quoi ?

Que chacun y fasse un tour s’il a l’occasion de participer à un cérémonie ou un spectacle. Que chacun se rende compte de ce que cache l’autre côté du «Palais des congrès». Ce n’est plus un secret. Il faut agir et vite. Au risque de voir cette belle salle fermée définitivement. L’argent encaissé pour la location devrait servir à mon sens.

Posté par Yoroba à 23:24 - Les "Karo" de Yoro - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 juin 2007

A la lisière de l’amoralité ou de la folie !

amoraliteEn vérité en vérité je vous le demande, jusqu’où ira notre moralité ?

Notre société ivoirienne (et africaine en général) a toujours été taxée de «copiste» des habitudes occidentales. Code civil, principes de droit administratif, organisation politique et administrative, style de vie etc. (la liste est énormément longue). «Nous sommes en train de perdre le nord», prévenait à l’époque Jean-Marie Adiaffi. Nous avons copié – sans rien améliorer d’ailleurs, sinon en pire – ce que nous avons vu à la télé, ou ce que nous ont rapporté les ‘‘Parigots’’. 1

Hier, j’entendais un débat entre deux ivrognes – loin d’être déréglés dans la tête – au sujet d’une partouze entre cinq jeunes collégiens inscrits dans une école confessionnelle. J’étais abasourdi. Je n’aurais jamais cru que de tels phénomènes (je dis phénomène parce qu’il parait qu’Abidjan ici ce genre de pratiques sont Waaaaaa2 dans les établissements) pouvaient se dérouler sous le toit ‘‘ivoire’’.

Jamais je n’aurais imaginé qu’à 14 ans une jeune fille pouvait se livrer en ‘‘holocauste’’ à quatre jeunes dont l’age varie entre 14 et 17 ans.

Que nous arrive-t-il ? Je me le demande et j’espère trouver une réponse.

Lorsque Théophile Kouamouo nous parle de (re)colonisation de l’Afrique, moi franchement, je vais au-delà de l’aspect politique.

Nous devenons de plus en plus pervers. L’occident nous entraîne dans un esclavage de vices. Et comme à l’époque, nous nous laissons berner par des miroirs et des liqueurs qui nous pourrissent la vie. En réalité, nous n’en avons pas besoins. A l’époque nos aïeuls se miraient dans de l’eau. Ils avaient leurs boissons à eux, leurs habits à eux. Mais ils ont été séduits par le bois-qui-crache-le-feu. Ils ont été envoûté par ce petit morceau de verre qui leurs montraient leurs reflets. Ils ont été endormies par ‘‘l’eau-de-vie’’. Et après ce ‘‘dayico’’,3 quand ils sont revenus à eux, ils étaient des esclaves qu’on déportaient vers le chemin de la mort. L’histoire – bien que prenant une autre apparence – se répète.

Aujourd’hui, tout ce qui est anormal est à la mode. Un pantalon déchiré, l’on l’appelle «Bad-Boy», un jean délavé et on crie «effrakata !». Des cheveux sales et touffus sont qualifiés de «dread-luck». Des habits portés à l’envers, on vous applaudi : «Kriss-Kross». On vous trouve charmant quand vous êtes dépigmenté. Un homme qui trompe sa femme est un héro. Une épouse qui empoisonne son mari est une ‘‘amazone’’4. Détournez  100 000 frcs, vous serez hué. Mais voler quelques milliards, et vous serez acclamé.

On arrivera au point où quand vous mettrez un parfum nauséabonde vous serez loué. Devrait-on regretter d’avoir eu accès un jour aux masses média… à Internet, à la télévision ? Non je ne crois pas. C’est d’ailleurs pas grâce à eux (les colonisateurs) que nous avons connu toutes ces choses. C’est dans le courant des choses. Le monde évolue. Et même sans la colonisation et sans 400 ans de captivité, nous aurons eu accès à ce développement, à ces technologies. Nous les aurions inventer au demeurant.

Il y a quelques semaines, c’est un pasteur qui se faisait arrêter pour escroquerie après les épisodes époustouflants des placements d’argents. Il y a eu aussi qu’un certains Behanzin (de son nom d’emprunt) à dénoncer des ‘‘serviteurs’’ de Dieu et des ‘‘Grands Hommes’’ d’avoir sacrifiés des innocents nourrissons pour obtenir gloire, richesse, célébrité, avortements et souvent même dépannage d’auto. (La crédibilité de ce témoignage est laissée à votre sagacité).

J’ai ouïe dire également qu’un prête avait enceinté une jeune étudiante ; aussi qu’une ‘‘none’’5 avait fait un avortement parce que se sachant en grossesse de 2 mois. Et ce n’est pas tout : «l’imam d’à côté – en plus de ces quatre épouses – a abusé d’une fillette de 11 ans». Rituel ou obsession, je ne saurais répondre.

Parlant de viol, un certain artiste bien aimé de plusieurs, a violé une fillette de neuf ans. «Tchiééééé,6 lui aussi !» Dira-t-on

Où allons nous avec tout cela ?

Mon ami et frère me dit qu’il a peur de ce que sera demain. De ce que seront nos enfants. De ce que nous serons demain. 

Nous avons franchi le pas de l’immoralité (qu’on faisait en ‘‘krouli’’7) pour atteindre celui de l’amoralité affichée. D’ici 10 ans la langue française devra trouver mieux pour qualifier ces dérives.

Nous n’avions pas cette mentalité. La pudeur et le respect des valeurs morales caractérisaient nos sociétés traditionnelles.

J’étais à l’alloccodrome de Cocody quand une fille a subitement détourné l’attention de tout le monde. Même ceux qui étaient en charmante compagnie. Hommes et femmes, tout le monde a cessé de manger et de boire tant l’indignation étant à son comble.

Vêtue d’un pantalon jean légèrement flottant, elle portait en haut juste un filet qui laissait transparaître sa poitrine fermement aplatie. Exprès, elle a descendu son pantalon au niveau de son postérieur – et de son pubis – afin de favoriser une vue panoramique de ce que voudrait cacher toute femme digne et pudique. Elle n’en avait point honte. Elle recherchait des regards. Et pour ça elle fut servie. Elle voulait séduire, mais c’est l’effet contraire qui s’est produit.

A l’unanimité l’on la répugnait en silence. Mais quelqu’un – certainement de plus écoeuré que tous – lança dans la foulé. «Manioc coûte plus cher que femme. On a plus besoin de les violer ( …) elle s’offre gratuitement à vous». A suite une dame ne manqua pas de s’exclamer outrée : «que nous veulent nos enfants ?».

Je ne parlerais pas des trin-trins quotidiens repris en chœurs par les ‘‘zougloumans’’. Les histoires d’homosexualité, de zoophilie, de nécrophilie, de pédophilie.

Bref, il n’existe plus de moral. Les moralisateurs eux-mêmes ont tournés le dos à cette vertu. La vertu elle-même a perdu de son éclat. Elle est partie en éclats. Elle semble s’être volatilisée.

En vérité en vérité je vous le (re)demande, jusqu’où ira notre moralité ?

Les portes de l’enfer s’ouvrent grandement à nous. Le Sida est offert gracieusement sur un plateau de culs.

A-t-on encore une conscience ? A-t-on seulement conscience que nos enfants risquent d’être aussi pervers que nous ? Et qu’à ce rythme là, la pornographie sera considérée comme une matière de base dans l’enseignement académique avec ‘‘7’’ comme coefficient pour les classes d’examens.

Je n’interpellerai pas nos autorités, trop souvent acteurs principaux dans ces dérives sexuelles et cupides. Je ne ferai pas non plus appelle aux hommes de Dieu et autres «Supra spirituel».

Je voudrais juste que nous méditions sur la descente aux enfers de notre morale. Que nous réfléchissions juste une minute (60 secondes) sur l’abominable régression de notre moralité ivoirienne. De la chute de nos âmes.

Où sont passées nos valeurs intrinsèques ? Notre éducation traditionnelle africaine nous sert de repère et notre bible (ou notre coran) de boussole. Ne perdons pas le nord !

En vérité en vérité je vous le (re)demande encore aujourd’hui : «parlera-t-on encore de moralité demain?» La question reste posée.

1- flatteurs de retour de paris

2- légions, en quantité industrielle

3- état d’ivresse

4- guerrière

5- religieuse

7- en cachette, clandestinement

6- exclamation pour marquer l’indignation ou l’étonnement

Posté par Yoroba à 12:52 - Les "Karo" de Yoro - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 juin 2007

La "crise de choc" des souvenirs

artisan_menuisier_01Eh oui! La répartition des 100 milliards - au titre de dédommagement versés par Transfigura à l'Etat de Côte d'Ivoire - a été faite.

L’Etat de Côte d'Ivoire se sert à hauteur de 50% (en pourcentage c'est moins douloureux) de ce toxique héritage.

Et viennent les services publics et privés, puis les populations. L’objet des mes "Karo" de ce jour ce n'est pas tant la répartition – j'y reviendrais si ce n'est pas effectif –.

Mais cet argent profitera à ce qui ont été malades ou du moins qui ont été reconnus comme tel.

Jérôme Amon, menuisier de son état, "dirige" une "petite" famille (par opposition à la grande famille ou famille élargie) d'une femme et de neuf enfants dont cinq légitimes et quatre adultérins (on n'ignore jusqu'à ce jour où son passées les deux maîtresses qui se partagent les quatre autres enfants).

Jérôme est un bon débrouillard. Mais les embrouilles l'adorent également. En effet, parmi ses neuf enfants dont les ages varient entre 22 et 11 ans, il y a six filles et trois garçons. Et parmi ces six filles quatre sont mères chacune d'un enfant. Mathématiquement, cela fait euh... (4 fois 1 euh...) quatre petits fils.

A cela s'ajoutent les deux enfants que son deuxième fils, Jules, a eu avec la "laveuse d'assiette" du vendeur de Garba du quartier, et avec une pré-collecteuse d'ordures ménagères. Et le comble dans tout cela c'est que toute cette population vit sous son toit.

Un toit qui laisse ardemment à désirer.

Jérôme s'est choisi un logement de fortune à Abobo-baoulé (un quartier pauvre dans une commune réputée très pauvre). C'est une ‘‘2 chambres-salon’’, qui sert d'atelier de menuiserie le matin. Et le soir l'une des chambre sert de magasin où sont rangés les travaux accomplis de main de maître par Jérôme. Le salon sert de chambre à coucher pour tout ‘‘son’’ monde.

C'est vrai qu'il n'est pas un très grand menuisier (parce que ayant appris sur le tas,et s'étant enfuit après deux mois d'apprentissage avec l'argent de la recette d'une journée), mais Jérôme arrive à satisfaire (au moins une fois sur dix) sa clientèle qui s'est raréfiée depuis l'incendie qui a failli ravager son atelier-maison.

Jérôme ne se sens pas pauvre ; il espère tout simplement. «Le jour de mon jour n'est plus loin. Et puis, tant qu'on est pas encore mort il faut croire qu'on sera riche un jour. Demander à Docteur Vis-à-vis il vous dira pas le contraire», affirme Jérôme à tous ceux qui tentent de s'apitoyer sur son sort.

Il est un peu plus de 20 heures ce soir là. Assis sur une chaise (qu'il a lui même fabriquée pour un gérant de cabine, le sexagénaire regarde sa télévision écran blanc-noir. Une télévision sans boutons de réglage de volume ou de chaînes. Dès que vous l'allumez le volume est d'une puissance de discothèque. Pour changer de chaînes, Jérôme donne de violents coups de pied au derrière du téléviseur.

Ce soir là donc comme je vous le racontais, Jérôme suivait le journal télévisé. Ce soir là, le porte-parole de la Présidence de la République, annonçait la répartition des 100 milliards de Transfigura.

Jérôme se mit à se moquer. «Il vont se partager les sous entre eux et puis nous on va continuer à souffrir».

Sa famille, tout comme lui, a beaucoup souffert de ces tristes déchets toxiques. Tout le monde avait été malade... l'une de ses petites-filles (7 mois) était décédée, quand sa mère était dans le coma.

Ce soir là, alors que Jérôme riait tout bas de ce qu'il appelait de "la distraction des gouvernants", Gervais Coulibaly annonça que «les victimes qui ont été légèrement touchées auront 200 000 francs CFA chacunes. Pour celles qui subit des traumatismes graves elles auront 2 000 000 de francs CFA chacunes. Quand aux familles des personnes décédées elle seront indemnisées à hauteur de 100 000 000 de francs CFA chacunes».

Jérôme poussa un grand cris qui dépassa celui du volume de la télévision puis s'évanouit. Sa femme et sa suite, de même que les habitants des maisons environnantes intrigués par ce cri strident, coururent voir ce qui se passait. Jérôme était là, couché à même le sol. «Il respire encore», lança une de ces filles.

Rapidement, Jérôme est conduit dans une infirmerie privée située à quelques encablures de sa maison. (Je me passerai de vous faire la description des lieux, tant l'endroit ressemble plus à un poulailler qu'à un centre de santé).

«C'est une crise de choc», annonce l'infirmier de service, sur la blouse duquel on peut lire "Dr Yaho Bèrnarre".

Jérôme revenu à lui quelques minutes plus tard – grâce à un violent jet d'eau à la figure – ne cesse de pleurer. «Eh Dieu, eh Dieu!». Nul ne comprend ce qui lui arrive. Sa femme inquiète ne cesse de lui demander. Mais Jérôme est trop absorbé par ce qui le tourmente pour répondre. «Eh Dieu, Je suis maudit, ma femme est maudite, mes enfants et leurs enfants sont maudits, Eh Dieu!».

Alors qu'il verse d'abondantes larmes, il se souvient combien toute sa famille (sans exception) est tombée malade. Il se souvient qu'il avait décidé d'envoyer toute sa famille à l'hôpital Marie-Thérèse d'Abobo (Suite à un appel lancé à la télévision pour aller dans les centres de santé afin de recevoir gratuitement des soins).  Il se souvient combien il avait cherché tous les carnets de santé de ses enfants.

A ce stade de ces souvenirs, il pousse un grand cris : «Waaaaaaaa, je suis mort, eh Dieu, je suis maudit».

En effet, il se souvient que sa femme lui avait proposé d'aller voir une dame qui habitait le quartier, et qui pouvait les soigner. Cela éviterait qu'ils dépensent de l'argent dans le transport pour aller à l'hôpital. Ils n'auraient qu'à acheter juste quelques feuilles et quelques écorces à faire bouillir pour boire. Il se souvient qu’il avait suivi les conseils de sa femme et que sa famille avait été soignée en moins d’une semaine. Il se souvient aussi que quand la fille de son fils jules (donc sa petite-fille) est morte, il a endossé sur lui la responsabilité de faire lui-même l'enterrement afin d'éviter les tracasseries policières et administratives.

Il y pense et il pleure. Il préfère ne rien dire, il préfère ne rien faire. Juste pleurer seulement pleurer mais ces pleures devront s'arrêter un jour.

Posté par Yoroba à 14:59 - Les "Karo" de Yoro - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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