Rappelez-vous Monsieur le Président, que cet acte avait été qualifié par certains de risque inconsidéré.
Pourtant, nous avons tenu à respecter nos engagements.
Afin de permettre aux membres du Gouvernement de s’approprier l’Accord politique de Ouagadougou et d’acquérir une feuille de route cohérente, nous organisions un séminaire à cet effet le 2 mai 2007.

Le 23 mai 2007 le Conseil des Ministres adoptait la matrice de mise en oeuvre de l’Accord politique de Ouagadougou, déclinant ainsi les résolutions dudit accord en actions concrètes.
Quelques jours seulement après, à l’occasion d’une de nos séances de travail au sommet de l’Etat, vous signiez deux décrets ; celui portant nomination des Préfets et celui affectant les magistrats dans les zones Centre Nord et Ouest.
Entre temps, le 14 mai 2007, nous avons conclu la reprise de la coopération financière entre notre pays et les institutions financières internationales.

Est-il juste de dire que rien n’a été fait ?

Le 29 juin 2007, dans l’optique du lancement des audiences foraines, alors initialement prévues pour le 5 juillet 2007, je me rendais à Bouaké pour procéder à l’installation des magistrats dans ladite ville, lorsque j’ai été victime d’un attentat meurtrier.
Tout aurait pu s’arrêter là. Et la Côte d’Ivoire aurait pu replonger dans les méandres de l’incertitude, avec ses morts, ses blessés, ses orphelins, ses veuves et ses victimes.
Ce même jour, faisant fi des frayeurs et des moments d’intenses douleurs, face à tant de gâchis en vies humaines, en dépit du fait que mes plus proches collaborateurs luttaient contre la mort, et bien que j’étais moi-même mortifié dans l’âme, j’ai exigé pourtant que l’audience solennelle d’installation des magistrats soit maintenue.

Est-il vraiment juste de dire que rien n’a été fait ?

Dix jours seulement après l’attentat, je me suis rendu à Abidjan pour montrer ma détermination pour la Paix.
D’autres n’ont pourtant pas hésité à qualifier cet engagement de bravoure inconsciente.
Renoncer à ce moment précis, aurait été tout simplement lâche.
Tomber dans les accusations faciles, aurait été purement simpliste et ridicule.
Trouver les ressources nécessaires pour continuer la bataille de la paix, me paraissait plus sage.

Et c’est ce que j’ai fait.

La flamme de la paix organisée à Bouaké le 30 juillet 2007, participait de la logique de redonner confiance à nos compatriotes et d’imprimer un souffle nouveau au processus de paix.
A tout ce bilan non exhaustif, on peut ajouter l’installation le 8 août 2007, du groupe de travail sur les audiences foraines et la reconstitution des registres de l’état-civil, le retour officiel des élus locaux (maires et conseillers généraux) le 16 août 2007, l’adoption du mode opératoire des audiences foraines le 24 septembre 2007 et le séminaire sur la mise en place du service civique le 19 octobre 2007.

Est-il juste de dire que rien n’a été fait ?

Monsieur le Président, durant toute votre tournée, vous avez vu les Préfets et les Sous-préfets à leurs postes de travail, dans les tenues d’apparats, travaillant en toute quiétude et en toute liberté.
Et ce n’est pas un acte symbolique. Ils sont bel et bien là ! Et ils sont au travail en parfaite harmonie avec les Forces Armées des Forces Nouvelles.
Les forces mixtes du CCI opèrent sur l’ensemble du territoire ivoirien, procurant la sécurité à tous.

Est-il juste de dire que rien n’a été fait ?

Pour le redéploiement des autorités préfectorales, j’ai dû demander aux Forces Armées des Forces Nouvelles et au personnel civil des Forces Nouvelles de renoncer aux prérogatives administratives exercées pendant cinq ans ; sacrifice qu’ils ont accepté de consentir au nom de l’intérêt supérieur de l’Etat.
Ce sacrifice a permis au corps préfectoral d’être à son aise dans les zones Centre, Nord et Ouest.

Est-il juste de dire que rien n’a été fait ?

Monsieur le Président, les audiences foraines sont bel et bien une réalité.
C’est bien le 25 septembre 2007 qu’elles ont été lancées sur l’ensemble du territoire, sans incident, sans violence, presque banalement.
Chaque jour, des sans papiers sortent de l’anonymat administratif pour conquérir leur citoyenneté.

Est-il juste de dire que rien n’a été fait ?

D'après Guillaume Soro