Afrique_deboutQuel complexe un jeune Taïwanais peut-il avoir vis-à-vis d’un jeune Européen ou un jeune Américain ? Que peut-il envier à la France, aux Etats-Unis ou à tout autre pays dit riche ? Apparemment peu de chose, à l’exception de la présence de ces pays dans le concert des nations. Toujours en quête d’une reconnaissance internationale - ce que lui refuse jusqu’à présent la Chine continentale qui la considère comme sa province -, la République de Chine Taïwan aurait probablement eu tout pour jouir de sa plénitude s’il ne lui était pas dénié le droit d’exister en tant qu’Etat à part entière. Pour le reste, l’impression qui se dégage chez l’étranger qui débarque nouvellement à Taïwan, c’est assurément celle d’une nation qui n’a pas à se plaindre. Modèle presqu’ achevé de réussite socio-économique, Taïwan émerveille autant qu’elle s’impose. Comment s’étonner que le niveau de développement auquel elle est parvenue force admiration et respect à travers le monde ? Si d’aucuns attribuent le miracle taïwanais au soutien des Etats-Unis, force est de reconnaître que la réussite taïwanaise est due, surtout et avant tout, à l’abnégation au travail et au génie du peuple taïwanais. Créée seulement en 1950, soit dix années avant les indépendances de bon nombre de pays africains, Taïwan n’a pourtant absolument rien à comparer aujourd’hui avec la majeure partie de ces Etats du continent noir pour lequel le sous-développement paraît une fatalité. Si fait qu’on est parfois amené à s’interroger sur le devenir du continent, même un siècle après. Qu’attendre en définitive d’un continent qui semble jouer à cache-cache avec son développement ? Comparativement à certains pays d’Asie du Sud-Est qui, il y a peu, n’étaient pas logés à meilleure enseigne que la quasi-totalité des pays africains, n’y a-t-il pas finalement lieu de croire quelque part à un manque de sérieux des peuples africains ? En tous les cas, une visite à Taïwan suffit à s’interroger sur le retard que continue d’accuser le continent noir malgré les aides innombrables dont il ne cesse de bénéficier, et ce, depuis des décennies. Pourquoi, malgré tout, l’Afrique tarde-t-elle toujours à décoller ? La réponse à une telle question pourrait résider dans la manière avec laquelle la notion de développement est parfois perçue sur le continent. S’il est vrai que le développement ne se fait pas sans moyens, il reste qu’il est avant tout un état d’esprit. On aura en effet beau aider le continent, tant que l’état d’esprit qui permet d’impulser un développement réel et durable n’y est pas, toute œuvre semble déjà promise à un éternel recommencement. Et en matière d’état d’esprit, Taïwan a, sans aucun doute, beaucoup à apprendre aux pays africains qui donnent l’impression d’attendre que tout leur tombe entre les mains. Pour ce qui est du peuple de Taïwan, l’adversité n’est manifestement pas un obstacle, ce pays ayant réussi à apprivoiser une nature pas toujours souriante - 80 % du territoire est couvert de montagnes - mais qui a, malgré tout, gardé le cap du développement. A la différence de Taïwan, on ne peut pas dire que les pays africains se soient toujours véritablement employés à créer les conditions endogènes de leur développement. Car, bien souvent, l’adversité et les rapports de force entre pays du Sud et ceux du Nord, ont servi d’alibi à la politique de la main tendue, avec ses contreparties parfois humiliantes. A la différence de Taïwan, on ne peut pas dire non plus que l’Afrique se soit toujours fixé des objectifs de développement clairs, et qu’elle ait toujours eu un échéancier précis en matière de développement et de bien-être de ses peuples. Le fait que bien de ses fils aient été contraints à prendre le chemin de l’aventure et que ses dirigeants n’aient pratiquement rien trouvé à leur offrir traduit parfois l’inanité d’une certaine vision du développement. Même quand des objectifs existent, les résultats auxquels on parvient sont souvent à la hauteur du manque de sérieux avec lequel les Africains vont aux objectifs. Que dire des objectifs du millénaire pour le développement, qui constituent jusqu’à présent une arlésienne pour l’Afrique qui a certainement sa part de responsabilité ?

En tout état de cause, le fossé qui continue de se creuser entre les pays riches et l’Afrique doit appeler à une introspection et à un réel sursaut. Certes, pour les pays africains, c’est une chance que de pouvoir compter sur d’autres, jugés plus en avance. Mais la politique de la main tendue est-elle vraiment payante sur le long terme ?

Le Pays