antennaIls sont plus des millions à posséder aujourd’hui un téléphone portable. Pour la majorité des ivoiriens, le «portable» a passé le cap du luxe. Le téléphone mobile est rapidement devenu au travail, à la maison, dans les déplacements, pour l’efficacité, la sécurité ou le confort, les urgences, un élément à part entière de la vie quotidienne qui apparaît même indispensable pour plusieurs.

Et en Côte d’Ivoire, sur six entreprises de téléphonie mobiles annoncées, quatre sont déjà en services. Pour certains depuis 1997, pour d’autres depuis 2007. Et avec cette ‘‘prolifération’’ de compagnies de «portables», la population a pu observer l’installation d’un grand nombre d’antennes sur des pylônes, des édifices publics et, en ville, sur des immeubles de bureaux et des bâtiments d’habitation. Ces antennes et les stations de base GSM qui les alimentent, sont venues s’ajouter aux antennes des stations de radiodiffusion, de télévision et de radio professionnelles  qui émettent des signaux radioélectriques de même nature, dans les bandes de fréquences comparables, à un niveau souvent beaucoup plus puissant, mais dont l’implantation, plus ancienne et réalisée progressivement, fait en quelque sorte "partie du paysage".

L’on ne s’en soucis point. Justement parce que l’on ne sait pas ce que s’est. Ou parce qu’on a caché aux consommateurs ivoiriens, les réels dangers des implantations anarchiques – et souvent illégaux – de ces antennes sur les pylônes.

En effet, les stations de base, parfois appelées sites-relais ou antennes relais, sont des émetteurs-récepteurs qui assurent un rôle fondamental dans les communications mobiles. Elles servent en effet à acheminer dans les deux sens les appels du réseau auquel elles sont connectées vers les téléphones mobiles situés dans leur zone de couverture appelée "cellule".

Les cellules ont un rayon maximum de quelques kilomètres. Cependant, un nombre de stations plus important est nécessaire là où le nombre d'utilisateurs de mobiles est élevé.

Si, en zone rurale, le rayon des cellules peut aller jusqu'à 10 km, il décroîtra en ville jusqu'à quelques centaines de mètres. Sans stations de base installées aux bons emplacements, les téléphones mobiles ne fonctionneraient donc pas. Ce qui signifie donc que plus il y a d’entreprise de téléphonies cellulaires, plus grand sera le nombre d’antennes installés.

La santé du voisinage mis en danger

S’il y a des personnes pour qui ces antennes constituent un véritable danger pour leurs santés, c’est bien les habitants des quartiers où sont installées les pylônes qui accueillent ces dites antennes.

Selon des études, la proximité des ces antennes des lieux d’habitation peut être dommageable pour les populations. Et ce du fait des ondes radioélectriques et électromagnétiques émis par ces relais. En effet, les antennes dégagent un champ électromagnétique d’une intensité cent fois supérieure à celui des portables. Si l’on craint des nuisances avec ces derniers, comment ne pas s’inquiéter d’une trop grande proximité des premières ! Il est difficile d’apprécier le problème dans toute son ampleur. «Cela tient à trois raisons, explique Roger Santini docteur ès sciences, auteur du livre Téléphones cellulaires. Danger ? (R. Santini. Téléphones cellulaires. Danger ?, éd. Marco Pietteur. 1998. 208 pages.). D’une part la dispersion des hyperfréquences émises par les antennes, dans l’espace et sous l’horizontale, crée autour des antennes relais des zones plus ou moins "riches" en champs électromagnétiques. Le lobe principal dirigé vers l’avant de l’antenne est plus puissant que les lobes secondaires situés en arrière et sur les côtés. D’autre part, l’existence dans l’environnement de structures métalliques (châssis de fenêtres, volets, portes, ferrures de balcons...) peut faire jouer à celles-ci un rôle de ré-émetteurs passifs capables d’amplifier les ondes à hyperfréquences. Enfin, les densités de puissances électromagnétiques émises par les stations-relais dépendent du nombre de communications traitées par la station. Ce qui conduit à des fluctuations de puissance générée dans l’environnement en fonction des moments de la journée, voire des périodes de l’année».

Aucun texte officiel ne réglemente actuellement en Côte d’Ivoire l’installation de ces antennes, ni ne précise les limites d’exposition des travailleurs et du public. Les opérateurs ont le champ libre pour négocier avec le maire d’une commune, le propriétaire d’un champ ou d’un balcon ou encore un syndic d’immeuble. Les sociétés de téléphonie mobile se livrent une concurrence acharnée, surenchérissent leurs offres. Tout en minimisant, quand elles ne les taisent pas, les risques inhérents aux installations. Côté matériel : interférences avec les prothèses « actives » (appareils auditifs ou piles cardiaques), «neige» sur les écrans de télévision, «brouille» des ordinateurs... Côté santé : maux de tête, fatigue, sommeil perturbé...cancers.

Aux 2 plateaux, un quartier de Cocody, la commune présidentiel, une association de riverains a décidé de dénoncé ce fait. Et pour cause. Des cas de cancers ont été détecté chez certains habitants du Quartier. «Nous avons donc demandé à toutes les populations de notre quartier de faire des tests afin que si s’il y a plusieurs cas nous puissions porter plaintes… la procédure est en cours», affirme Ahouassa, Président de l’association. Dans ce quartier, plusieurs personnes sont mortes de manière bizarre et de façon successive. «La compagnie qui a installé ses antennes ici avait été chassé d'un autre quartier où il y a eu plusieurs cas de cancers et deux personnes décédées», Ahouassa, déterminé à "déloger" les pylônes de "son" quartier.

En France, après avoir constaté chez leurs patients une augmentation dramatique de maladies graves et chroniques (troubles de l’apprentissage, du comportement, hyperactivité, fluctuations extrêmes de la pression sanguine, désordre des rythmes cardiaques, infarctus et maladies dégénératives du cerveau telles que Alzheimer et épilepsies chez des sujets de plus en plus jeunes, leucémies, cancer du tronc cérébral...), et des troubles divers dits psychosomatiques (maux de tête, fatigue chronique, angoisse, insomnies, assoupissements diurnes, bourdonnements métalliques dans les oreilles...), en corrélation avec l’installation d’antennes relais dans le voisinage, l’usage intensif du téléphone mobile, 150 médecins allemands signent « l’Appel de Fribourg » le 9 octobre 2002. Alors que les procès entre opérateurs et associations de riverains ou municipalités se multiplient, les listes de soutien de l’Appel de Fribourg, le 13 janvier 2003 comptent déjà 30 000 signataires du monde entier (seulement 6 Français), 378 médecins (dont 2 Français) et 114 organisations et associations.

En Côte d’Ivoire, aucune action jusqu’à ce jour n’a été entreprise. C’est compréhensible. Ils ne sont pas nombreux à savoir qu’il y a des antennes nocives installées à proximité de leurs domiciles. Et ils savent encore moins que c’est nocif pour leurs santés.

Pourtant, les opérateurs de téléphonies cellulaires le savent. Mais dans un monde où «l’argent vaut mieux que l’Homme», ils font fît des normes de santé à respecter.