france_usa_1Le style de la rencontre, chaleureuse et simple, entre le président Bush et son homologue Nicolas Sarkozy marque, semble t-il, une "nouvelle ère" dans les relations entre les deux pays, relevait dimanche la presse américaine qui souligne que des "frites de la liberté" n'ont pas été servies au pique-nique. En mars 2003, en représailles à la position française contre la guerre en Irak, des parlementaires américains avaient fait bannir des cafétérias du Congrès l'appellation "French Fries" (communément utilisée pour désigner les frites) pour les remplacer par "Freedom Fries" (frites de la liberté). "Recevoir) le président français, qui vient d'être élu, à la résidence familiale des Bush pour un déjeuner privé - un événement informel rare loin des formalités diplomatiques d'usage - a symbolisé une nouvelle ère dans les relations franco-américaines", estime le Washington Post. "Loin de lui servir des 'frites de la liberté', M. Sarkozy (...) a reçu un accueil chaleureux habituellement réservé aux Britanniques", poursuit le journal de la capitale. "Le président Bush, connu dans le passé pour la froideur manifestée à l'égard des Français, était pour ainsi dire rayonnant quand il a accueilli M. Sarkozy dans la maison familiale de ses parents", à Kennebunkport (Maine, nord-est). "Le président Bush a accueilli son homologue français, Nicolas Sarkozy, avec une chaleureuse tape sur l'épaule" et il n'y avait pas de "toute évidence des Freedom Fries", écrit de son côté le New York Times.

USA-France : Un couple «infernal»

Selon un sondage réalisé en France, 40 % des français souhaite que les relations entre les Etats-Unis et la FranceUSA_France n’évoluent pas. 26 % veulent – de tous leurs cœurs «que la France prenne ses distances avec le pays de Bush». Une telle tendance montre littéralement que Sarkozy, dans son optique de rupture, fonce la tête baissée dans une aventure où il n’a pas – forcément et totalement – le soutien de «son peuple». Comme dans l’épisode de l’usine nucléaire «offerte» à la Lybie, Sarkozy fait fît de ce que pourrait penser «les autres». Il a un souci : «ne pas faire comme Chirac» ou encore «faire mieux sinon pire que lui». Ce sentiment exprimé par les français s’est instauré au fil des années. De nombreuses statistiques ont prouvées qu’il existe de part et d’autre, une réelle antipathie.Jamais depuis 17 ans, les Français n'avaient eu une vision aussi négative des Etats-Unis: seuls 31% d'entre eux ont de la «sympathie» pour l'Amérique, alors qu'ils étaient 54% à éprouver ce sentiment en 1988, selon un sondage TNS-Sofres publié dans «Le Monde».
Par ailleurs, 17% des Français éprouvent de «l'antipathie» pour les Etats-Unis (10% en 2000) et 51% disent n'avoir «ni sympathie ni antipathie» (48% en 2000).
Les Américains ne sont pas en reste: 35% d'entre eux ont de la «sympathie» pour la France, alors qu'ils étaient 45% à partager ce sentiment en 2000. 25% d'entre eux ont même de l'antipathie pour les Français (7% en 2000). L'antipathie pour la France est particulièrement forte chez les républicains (39%).
Dans le domaine des relations bilatérales, seuls 39% des Français (47% en 2000) et 44% des Américains (64% en 2000) considèrent aujourd'hui l'autre pays comme un «partenaire». 45% des Américains vont même jusqu'à parler «d'adversaire» à propos de la France, alors qu'ils n'étaient que 14% à être de cet avis il y a cinq ans. Les Français sont 24% à estimer que les Etats-Unis sont «avant tout des adversaires», contre 15% en 2000.

A propos de divergences…

Soldats_20israeliensOn sait les discordances que Paris et Washington ont eues sur le dossier de la guerre en Irak. Plusieurs observateurs avancent que le désaccord irakien ne saurait être lu comme une «scène de ménage» passagère. En effet, à leurs yeux, l’on assiste à une véritable fracture entre les deux côtés de l'Atlantique : la réconciliation est impossible, le divorce entre les deux pays est consommé ; le fossé va s'élargir, le «découplage» se pérenniser de façon durable, voire s'élargir, le «grand schisme» minant pour de bon ce qu'il est convenu d'appeler la «Communauté Atlantique». Alors, demain, au total, quel avenir pour la relation transatlantique entre la France et les Etats-Unis ? Y aura-t-il partenariat ou affrontement ? La thèse du partenariat ne manque pas d’appui. Parce qu'il y a en effet de part et d'autre de l'Atlantique, chez les Français et les Américains, une même civilisation, deux visions du monde et de la société quasiment similaires - il n'y a guère d'écart en particulier sur la perception des questions économiques et sociales (acceptation, en première analyse, de l'économie de marché et de la concurrence, et une certaine intervention de l'Etat jugée nécessaire, voire indispensable dans les deux cas), le «couple» franco-américain paraît inscrit durablement et solidement, de toujours et pour toujours, semble-t-il, dans l’Histoire, avec une même «communauté de destin». Les précurseurs de la thèse du «partenariat» rappellent que la France a pu avoir un glorieux passé avec les USA, partager des logiques d'alliances, des politiques communes. Et, «aujourd'hui encore, soutiennent –ils, la France est aux côtés de l'Amérique dans toutes les grandes affaires du monde et, en particulier, des partenaires dans la lutte contre l’hyperterrorisme né des attentats du 11 septembre 2001». Et ce pan «amoureux» de l’histoire de la relation entre les deux pays, sert d’argument à Sarkozy. Il tient coute que coute à rallumer «le calumet de paix avec les américains». Cependant, si les Américains sont leurs amis, leurs alliés, leurs partenaires, il y a aussi, semble-t-il, de toujours et pour toujours, des frictions, des affrontements au sein du couple franco-américain. Parce que, au vrai, les Etats-Unis et la France – à y regarder de près - divergent en fait sur les visions, les conceptions du monde et de la société, l'attitude générale et les méthodes de l'action face à la scène internationale. Des divergences qui traduisent les attitudes de méfiance et d’antipathie adoptées d’un côté comme d’un autre.

Le Professeur français Pierre Pascallon, agrégé de Faculté en Sciences Economiques et Sociales de Clermont-Ferrand, tente d’apporter un éclairage sur la question.

«En ramassé, forcément un peu de caricatural, alors que les Etats-Unis acceptent à plein, voire se font les chantres du marché et de la démocratie, fondés sur le libéralisme économique, le libre échange, le «modèle» français recherche un meilleur équilibre entre l'économique, le social, le culturel et l'environnemental. Pareillement, sous l'angle plus externe, alors que les Etats-Unis ont une vision unipolaire du monde, fondée sur leur leadership, les Français – qui pensent que la légitimité internationale ne peut pas être «indexée» sur la puissance et la force - ont une vision plus planétaire de la solidarité et de l'environnement, de l'emploi et du sort des pays pauvres du sud, un éclairage plus multipolaire et plus équilibré d'un monde qui doit être régi par des règles de droit international». Et l'on comprend donc – avec cet éclairage - que les relations France/Etats-Unis n'aient cessé d'être marquées par des oppositions, que Paris et Washington vivent de toujours une «vieille histoire querelleuse» - : on a pu parler d’un «couple infernal» -, et qu’il y a donc tout lieu de penser que ce sera encore le cas demain.

Alors, au total, à l’avenir, «faut-il envisager l’évolution de la relation transatlantique entre Paris et Washington sous le terme et le thème de la «convergence» ou, à l’inverse, dans un esprit de «confrontation» renouvelée ?», s’interroge Pierre Pascallon.