Quand la Paix devient fête

Maintes fois reportée et longtemps espérée, la cérémonie qui allait accueillir la visite du Président de la République Laurent Gbagbo à Bouaké, a fini par se tenir. Une cérémonie haute en couleur. Rehaussée par la présence d’invités de marque – souvent inattendus. Une Cérémonie qui réconcilie la Côte d’Ivoire avec ses fils. Entre émotion, joie et frayeur, ce fut une journée inoubliable pour ceux qui ont effectué le déplacement.

P1000699De tous les coins de la ville des hommes et des femmes marchent en direction du stade municipal de Bouaké. Ce lieu a abrité, il y a quelques mois une rencontre internationale de football entre la Côte d’Ivoire et Madagascar – selon le vœu de Didier Drogba. Aujourd’hui, la raison de cet exode vers le stade est tout autre. La mobilisation également. 7 heures 30 minutes, l’entrée du stade accueille les premiers arrivants. Commence alors une longue file qui va s’étendre sur plus de 500 m. Pendant ce temps dans la ville, les convois continuent d’arriver de toutes les régions de la Côte d’Ivoire. Chants de joie et pas de danses sont exécutés par toutes les personnes qui prennent la direction du stade. Vêtus en général aux couleurs du drapeau de la Côte d’Ivoire, vieux, jeunes et enfants, femmes comme hommes n’ont qu’un seul but : atteindre rapidement – au pas de course – le lieu où seront consumés sur un bûcher, quelques milliers d’armes. «Je suis très heureuse de participer à cette cérémonie et je veux être aux premières loges afin de ne rien rater de tout ce qui se fera», affirme, émue, Béatrice Adinguéra, venue de Buyo, une petite commune dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. Il est 8 heures quand les premières notes de musique se font entendre depuis l’intérieur du stade. Rien de plus pour presser les pas de ceux qui traînaient encore. Mais déjà la longue file d’attente devient kilométrique. Difficile de se frayer un passage. Certains se bousculent. D’autres par contre préfèrent trouver d’autres moyens pour accéder au stade. «L’entrée des officiels par exemple, si vous connaissez quelqu’un parmi les hommes de presse ou les ministres et autres directeurs, vous pourrez y accéder plus facilement», propose Issiaka Ouattara, domicilié à Bouaké. Cette entrée mène directement à la tribune des officiels. 8 heures 30 environs, les participants commencent à entrer peu à peu. A l’intérieur du stade, le décor est majestueux. La scène où le Chef de l’Etat et le Premier ministre doivent s’exprimer est royalement décorée. Sur le plancher, un tapis est déposé avec tout autour des pagnes traditionnels. Des ballons orange-blanc-vert sont accrochés aux différents poteaux de la scène. L’on peut encore apercevoir les techniciens, les hôtesses et les militaires courir dans tousP1000695 les sens. Chacun s’attelle sous les ordres du ministre Sidiki Konaté, Secrétaire Général-Adjoint des Forces nouvelles (ex-rébellion) et vice-président de la commission sensibilisation, mobilisation et animation. Sur la pelouse sont disposés les armes qui doivent être brûlés. Autour du terrain, une animation particulière règne. Depuis les danses folkloriques du pays profond, aux chorégraphies de majorettes. Tout y est. Vêtu de jaunes, les reporters photographes– nationaux comme étrangers – sont à pied d’œuvre. Ils ne veulent rater aucune image. «Il y a tellement d’images à prendre en même temps qu’on a l’embarras du choix à certains moments», témoigne Stephane G, reporter. Dans les gradins, les personnes ont commencé à entrer depuis quelques minutes déjà. Et certains ne peuvent cacher leur joie. «Vous savez c’est bien la première fois en 5 ans que je me rend à Bouaké. Mais c’est la toute première fois que je rentre dans ce stade. Et je dois reconnaître que c’est tout simplement magnifique», jubile Fred Assouhon. A mesure que le temps passe le stade se remplit. Vers 9 heures et quart, une fine pluie descend sur la pelouse joliment taillée. «C’est un signe du ciel», disent certains. «Un mauvais signe pensent d’autres». Cependant ce caprice du temps ne décourage pas les personnes qui prennent d’assaut les tribunes du stade municipal de Bouaké.

Mobilisation absolue, Ambiance de folie

P1000746Il en est de même dans la tribune des officiels. Hommes politiques et religieux, civils et militaires, arrivent par petit nombre. Mais bientôt les sièges sont pleins. Le comité d’organisation commence à être débordé. Et quand vient l’heure des prestations artistiques, c’est l’hystérie totale. Des ‘‘olà’’ à n’en point finir, accompagnent la musique distillée. C’est l’euphorie. Il est exactement 11 heures 20, le ciel découvre un soleil radieux, comme pour annoncer un nouveau jour. La fanfare de la gendarmerie nationale se met en place, les militaires courent dans tous les sens. Les uns et les autres se lèvent. Des clameurs se font de plus perçantes, l’émotion est vive, très vive. «Le président et le Premier ministre sont arrivés», annonce aux journaliste un membre du protocole présidentiel. C’est le délire total. Des cris de joie de toutes parts sont entendus. De certains yeux coulent des larmes. Les deux ex-belligérants font un tour d’honneur. Toute la foule debout, ne cesse d’applaudir de plus en plus fort. «On a jamais ça», laisse échapper quelqu’un dans la foulée. Le Président une fois montée dans les gradins esquisse quelques pas de danse et fredonne avec la foule une chanson à lui dédiée : «Gbagbo Ayooo … Gbagbo Ayokakaka !». Tous les chefs d’Etats présents et tous le corps diplomatique applaudissent comme pour encourager leur ami. Pendant tout le temps que durera la cérémonie, les populations continuent d’affluer. «Il n’ y a plus de place dans les gradins», annonce Camara F., soldat des Forces nouvelles, chargé de faire entrer les participants. Le Stade municipal avec ses 25 000 places est plein à craquer. Mais dehors, ils sont encore plus nombreux à vouloir prendre part à cet inoubliable moment. Je pense qu’il y a environ 60 000 personnes à l’intérieur comme à l’extérieur du stade. Vers midi, le premier ministre prend s’adresse à la nation du haut du podium dressé à cet effet. A sa suite le Président de la République. Prend la parole. Le message est identique pour les deux personnalités : «la guerre est finie, la paix est là !» Le peuple en chœur reprend comme un refrain «la guerre est finie… allons vite, vite, vite aux élections». 12 heures 30P1000760 environ. Un bataillon composé de toutes les forces militaires en présence en Côte d’Ivoire, fait une entrée triomphale dans le stade. Vêtus de tee-shirts aux couleurs du drapeau de la Côte d’Ivoire, ces militaires font le tour du stade sous une forte ovation du public. L’homme en tête porte à la main un flambeau : «c’est la flamme de la paix qui est arrivé de Tiébissou» (ville située à environ 50 km au sud de Bouaké, anciennement zone tampon, occupée par les forces étrangères de l’ONU). La cérémonie qui s’en suit est spectaculaire. Et le public apprécie à sa juste valeur ces instants. Le flambeau, de main à main ‘‘atterrit’’ entre les mains du Président de la République et celles du Premier ministre. Depuis les militaires en passant par les chefs d’Etats africains présents, le flambeau parvient enfin sur le bûcher. Les 2000 armes étendues comme un holocauste sont consumés. Une grande flamme s’élève dans le ciel. Deux minutes après que le feu se soit allumé, une détonation se fait entendre. Le stade vibre quelques secondes. C’est la panique pendant un certain moment. Le Président de la République et «son» Premier ministre courent, craignant certainement une autre attaque. C’est la débandade. Mais très vite la situation est maîtrisée par les sapeurs pompiers qui n’ont eu aucun répit durant toute la cérémonie. Le moment de frayeur passé, les commentaires vont bon train. Souvent moqueurs parfois compatissants à l’endroit de ceux qui se trouvaient tout près des flammes. La fin de cette cérémonie est marquée par le lâcher de colombes. Bouaké, à coup sûr, n’oubliera pas de si tôt cet évènement. Une Cérémonie riche en couleurs, en émotion et en symboles.