amoraliteEn vérité en vérité je vous le demande, jusqu’où ira notre moralité ?

Notre société ivoirienne (et africaine en général) a toujours été taxée de «copiste» des habitudes occidentales. Code civil, principes de droit administratif, organisation politique et administrative, style de vie etc. (la liste est énormément longue). «Nous sommes en train de perdre le nord», prévenait à l’époque Jean-Marie Adiaffi. Nous avons copié – sans rien améliorer d’ailleurs, sinon en pire – ce que nous avons vu à la télé, ou ce que nous ont rapporté les ‘‘Parigots’’. 1

Hier, j’entendais un débat entre deux ivrognes – loin d’être déréglés dans la tête – au sujet d’une partouze entre cinq jeunes collégiens inscrits dans une école confessionnelle. J’étais abasourdi. Je n’aurais jamais cru que de tels phénomènes (je dis phénomène parce qu’il parait qu’Abidjan ici ce genre de pratiques sont Waaaaaa2 dans les établissements) pouvaient se dérouler sous le toit ‘‘ivoire’’.

Jamais je n’aurais imaginé qu’à 14 ans une jeune fille pouvait se livrer en ‘‘holocauste’’ à quatre jeunes dont l’age varie entre 14 et 17 ans.

Que nous arrive-t-il ? Je me le demande et j’espère trouver une réponse.

Lorsque Théophile Kouamouo nous parle de (re)colonisation de l’Afrique, moi franchement, je vais au-delà de l’aspect politique.

Nous devenons de plus en plus pervers. L’occident nous entraîne dans un esclavage de vices. Et comme à l’époque, nous nous laissons berner par des miroirs et des liqueurs qui nous pourrissent la vie. En réalité, nous n’en avons pas besoins. A l’époque nos aïeuls se miraient dans de l’eau. Ils avaient leurs boissons à eux, leurs habits à eux. Mais ils ont été séduits par le bois-qui-crache-le-feu. Ils ont été envoûté par ce petit morceau de verre qui leurs montraient leurs reflets. Ils ont été endormies par ‘‘l’eau-de-vie’’. Et après ce ‘‘dayico’’,3 quand ils sont revenus à eux, ils étaient des esclaves qu’on déportaient vers le chemin de la mort. L’histoire – bien que prenant une autre apparence – se répète.

Aujourd’hui, tout ce qui est anormal est à la mode. Un pantalon déchiré, l’on l’appelle «Bad-Boy», un jean délavé et on crie «effrakata !». Des cheveux sales et touffus sont qualifiés de «dread-luck». Des habits portés à l’envers, on vous applaudi : «Kriss-Kross». On vous trouve charmant quand vous êtes dépigmenté. Un homme qui trompe sa femme est un héro. Une épouse qui empoisonne son mari est une ‘‘amazone’’4. Détournez  100 000 frcs, vous serez hué. Mais voler quelques milliards, et vous serez acclamé.

On arrivera au point où quand vous mettrez un parfum nauséabonde vous serez loué. Devrait-on regretter d’avoir eu accès un jour aux masses média… à Internet, à la télévision ? Non je ne crois pas. C’est d’ailleurs pas grâce à eux (les colonisateurs) que nous avons connu toutes ces choses. C’est dans le courant des choses. Le monde évolue. Et même sans la colonisation et sans 400 ans de captivité, nous aurons eu accès à ce développement, à ces technologies. Nous les aurions inventer au demeurant.

Il y a quelques semaines, c’est un pasteur qui se faisait arrêter pour escroquerie après les épisodes époustouflants des placements d’argents. Il y a eu aussi qu’un certains Behanzin (de son nom d’emprunt) à dénoncer des ‘‘serviteurs’’ de Dieu et des ‘‘Grands Hommes’’ d’avoir sacrifiés des innocents nourrissons pour obtenir gloire, richesse, célébrité, avortements et souvent même dépannage d’auto. (La crédibilité de ce témoignage est laissée à votre sagacité).

J’ai ouïe dire également qu’un prête avait enceinté une jeune étudiante ; aussi qu’une ‘‘none’’5 avait fait un avortement parce que se sachant en grossesse de 2 mois. Et ce n’est pas tout : «l’imam d’à côté – en plus de ces quatre épouses – a abusé d’une fillette de 11 ans». Rituel ou obsession, je ne saurais répondre.

Parlant de viol, un certain artiste bien aimé de plusieurs, a violé une fillette de neuf ans. «Tchiééééé,6 lui aussi !» Dira-t-on

Où allons nous avec tout cela ?

Mon ami et frère me dit qu’il a peur de ce que sera demain. De ce que seront nos enfants. De ce que nous serons demain. 

Nous avons franchi le pas de l’immoralité (qu’on faisait en ‘‘krouli’’7) pour atteindre celui de l’amoralité affichée. D’ici 10 ans la langue française devra trouver mieux pour qualifier ces dérives.

Nous n’avions pas cette mentalité. La pudeur et le respect des valeurs morales caractérisaient nos sociétés traditionnelles.

J’étais à l’alloccodrome de Cocody quand une fille a subitement détourné l’attention de tout le monde. Même ceux qui étaient en charmante compagnie. Hommes et femmes, tout le monde a cessé de manger et de boire tant l’indignation étant à son comble.

Vêtue d’un pantalon jean légèrement flottant, elle portait en haut juste un filet qui laissait transparaître sa poitrine fermement aplatie. Exprès, elle a descendu son pantalon au niveau de son postérieur – et de son pubis – afin de favoriser une vue panoramique de ce que voudrait cacher toute femme digne et pudique. Elle n’en avait point honte. Elle recherchait des regards. Et pour ça elle fut servie. Elle voulait séduire, mais c’est l’effet contraire qui s’est produit.

A l’unanimité l’on la répugnait en silence. Mais quelqu’un – certainement de plus écoeuré que tous – lança dans la foulé. «Manioc coûte plus cher que femme. On a plus besoin de les violer ( …) elle s’offre gratuitement à vous». A suite une dame ne manqua pas de s’exclamer outrée : «que nous veulent nos enfants ?».

Je ne parlerais pas des trin-trins quotidiens repris en chœurs par les ‘‘zougloumans’’. Les histoires d’homosexualité, de zoophilie, de nécrophilie, de pédophilie.

Bref, il n’existe plus de moral. Les moralisateurs eux-mêmes ont tournés le dos à cette vertu. La vertu elle-même a perdu de son éclat. Elle est partie en éclats. Elle semble s’être volatilisée.

En vérité en vérité je vous le (re)demande, jusqu’où ira notre moralité ?

Les portes de l’enfer s’ouvrent grandement à nous. Le Sida est offert gracieusement sur un plateau de culs.

A-t-on encore une conscience ? A-t-on seulement conscience que nos enfants risquent d’être aussi pervers que nous ? Et qu’à ce rythme là, la pornographie sera considérée comme une matière de base dans l’enseignement académique avec ‘‘7’’ comme coefficient pour les classes d’examens.

Je n’interpellerai pas nos autorités, trop souvent acteurs principaux dans ces dérives sexuelles et cupides. Je ne ferai pas non plus appelle aux hommes de Dieu et autres «Supra spirituel».

Je voudrais juste que nous méditions sur la descente aux enfers de notre morale. Que nous réfléchissions juste une minute (60 secondes) sur l’abominable régression de notre moralité ivoirienne. De la chute de nos âmes.

Où sont passées nos valeurs intrinsèques ? Notre éducation traditionnelle africaine nous sert de repère et notre bible (ou notre coran) de boussole. Ne perdons pas le nord !

En vérité en vérité je vous le (re)demande encore aujourd’hui : «parlera-t-on encore de moralité demain?» La question reste posée.

1- flatteurs de retour de paris

2- légions, en quantité industrielle

3- état d’ivresse

4- guerrière

5- religieuse

7- en cachette, clandestinement

6- exclamation pour marquer l’indignation ou l’étonnement