liasse_dargentLa cour familiale des Kamagaté à Adjamé 220 logements connaît une animation particulière ce lundi matin. Cris, chants d’allégresse et danses ameutent tout le quartier. La raison ? Le chef de famille, un vieil homme de 75 ans, la taille moyenne et le teint foncé, vient de gagner à la loterie nationale. M. Kamagaté est détenteur d’un ticket d’une valeur de 5 millions de F.CFA.

Ivre de joie et la voix nouée par l’émotion, le vieux Kamagaté, tout essoufflé, explique : «Ce matin, comme d’habitude, je me suis rendu dans le kiosque du quartier pour me procurer un ticket de loterie», confie-t-il tout heureux avant de poursuivre. «Une fois à la maison, je me suis allongé dans mon hamac. A l’aide d’une pièce de monnaie, j’ai gratté mon ticket.

Lorsque j’ai aperçu trois fois cinq millions, j’ai poussé un grand cri. Mes deux femmes et mes enfants, craignant le pire, ont couru vers moi». A mesure que son domicile se remplit, il brandit fièrement son ticket. En effet, cela fait 15 ans que M.Kamagaté joue à la loterie. «Il y a vraiment un Dieu pour les pauvres», lance Abiba, vendeuse de bouillie de mil aux 220 logements. Les voisins alarmés par cette atmosphère chaude et inhabituelle chez les Kamagaté, viennent s’enquérir des nouvelles. «Nous sommes très heureux pour lui. C’est un homme qui a bon cœur. Tout le monde le connaît dans le quartier pour sa gentillesse. Vraiment Dieu merci», lance Awa Traoré, la voisine.

Les deux épouses et les neuf enfants du Vieux Kamagaté sont en extase. Ils ne peuvent pas se contenir. Déjà dans la grande cour, s’improvise un vaste ballet de visiteurs, proches et anonymes, pour féliciter l’heureux gagnant. Les casseroles et autres ustensiles de cuisine sont transformés en tam-tams par les enfants. L’ambiance est électrique.

Les soucis du millionnaire

Le griot du quartier qui a certainement entendu la bonne nouvelle, fait irruption chez l’heureux gagnant. Il capte l’attention de tout le monde, chante à gorge déployée les louanges des Kamagaté. «Vaillant homme, arbre que ne saurait déraciner vents et feux, tu es un héros, tu es le digne fils des Kamagaté (…)», lance-t-il avec mesure et cadence. Bientôt, la nouvelle a dépassé le périmètre du quartier. Les appels téléphoniques fusent de partout.

Le "Kôrô" (homme âgé en langue Malinké) trouve à peine le temps de recevoir ses visiteurs. Les bonnes nouvelles vont vite. «Il y a même des amis que j’ai perdu de vue depuis de longues années qui m’ont appelé tout à l’heure», dit-il, essoufflé par toute cette ambiance. En une heure, la cour familiale des Kamagaté est noire de monde.

Dans les échanges avec ses hôtes, cet entrepreneur à la retraite étale ses projets à venir. «Je vais acheter trois Wôro wôro que mes enfants vont conduire. Ensuite je vais aller en France pour me promener parce que c’est mon rêve», confie le «Kôrô». Dans la foule, quelqu’un crie : «Ne nous oublie pas Kôrô !». C’est certainement un habitant du quartier qui connaît la générosité légendaire de ce vieil homme. Ce dernier, le sourire aux lèvres, rassure : «In’challah, je ne vous oublierai pas !». M. Kamagaté serre très fort son ticket et le scrute pendant un long moment.

Il est heureux mais très pensif depuis quelques instants. Et tous les bruits de part et d’autre ne le sortent pas de sa profonde réflexion. «Comment vais-je gérer ces 5 millions ?», s’interroge-t-il. «Je suis sûr que chaque membre de la grande famille va vouloir que je lui donne un peu d’argent. Quand tu es riche, tu as plus de problème que quand tu es pauvre», poursuit-il. M. Kamagaté sait que cet argent, même s’il a provoqué tant de tapage, ne profitera pas forcément à sa famille comme il le souhaite. Dans la mesure où chaque personne présente à son domicile attend quelque chose de lui.